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Le prix Sophie Barluet décerné à Guillemette Crouzet pour
Infos-presse
27 janvier 2017

Le prix Sophie Barluet décerné à Guillemette Crouzet pour "Genèses du Moyen-Orient"

Le prix Sophie Barluet 2016 a été décerné à Guillemette Crouzet pour Genèses du Moyen-Orient : le golfe Persique à l’âge des impérialismes (vers 1800-vers 1914) publié aux éditions Champ Vallon avec le soutien du CNL. Elle y retrace les étapes de la construction politique et administrative du Moyen-Orient sous l’égide de l’impérialisme britannique et anglo-indien au XIXe siècle.

Le prix lui a été remis vendredi 27 janvier au Centre national du livre. L’année dernière, il avait été attrivué à Antoine Lilti pour Figures publiques : L’invention de la célébrité (1750-1850) paru aux éditions Fayard.

Le prix Sophie Barluet a pour vocation de soutenir des ouvrages exigeants et novateurs en sciences humaines et sociales. Il a été créé en 2010 par le Centre national du livre en hommage à Sophie Barluet, disparue en 2007, et dont les nombreux travaux alertèrent l’opinion sur les difficultés de l’édition de sciences humaines et sociales.

Il est depuis 2013 attribué par la revue Books après avis d’un jury attaché au devenir de l’édition de sciences humaines et sociales. Une interview exclusive de Guillemette Crouzet paraîtra dans le pochain numéro de la revue.

Le jury du prix Sophie Barluet, animé par Olivier Postel-Vinay, fondateur et directeur de la revue Books, est composé de Françoise Benhamou, Dominique Schnapper, Michel André, Jean Lebrun, Dominique Lecourt, Jean-Pierre Le Goff, Philippe Meyer, Daniel Rondeau, Alain-Gérard Slama et Benoît Yvert.

Quelques mots sur l’ouvrage (présentation de l’éditeur)

C’est au début du XXe siècle que fut inventé du côté des Indes ce « Moyen-Orient » qui aujourd’hui semble se défaire dans le sang sous nos yeux : il est alors conçu comme l’ensemble des territoires qui gardent, face aux menaces ottomanes, russes, françaises ou allemandes, l’approche de l’Empire anglo-indien.

Cette invention, comme le démontre Guillemette Crouzet, procède d’une lente genèse qui eut pour cadre l’aventure britannique dans le golfe Persique. L’impérialisme britannique et anglo-indien est en effet actif tout au long du XIXe siècle dans les eaux et sur les rivages de la péninsule Arabique, de la Perse et du nord de l’océan Indien. Par la violence mise en oeuvre contre des «pirates» accusés de perturber la liberté des mers, par une politique systématique de traités imposés aux pouvoirs locaux, par des grandes entreprises cartographiques marquant symboliquement une prise de possession de l’espace, par une lutte acharnée contre les trafiquants d’esclaves, par le grand projet de création d’une route rejoignant la Méditerranée par l’Euphrate, Londres, Bombay et Calcutta imposent leurs règles, du détroit d’Ormuz jusqu’au Koweït. Dans ce contexte, les flux commerciaux, licites et illicites, augmentent, et le Golfe participe à une mondialisation croissante de l’économie. Ce sont alors autant de trafics de perles, de dattes et d’armes, autant de réseaux marchands et de connections multiples qui se découvrent.

Guillemette Crouzet le souligne, l’or noir n’est pas encore exploité mais le golfe Persique a déjà acquis une centralité stratégique que les historiens avaient pourtant jusqu’à présent minorée. Si le « Moyen-Orient » protège le joyau de la couronne britannique que sont les Indes, il n’en est pas moins, dans la géopolitique mondiale de la fin du XIXe siècle, déjà en voie de s’autonomiser.

Du siècle des Lumières finissant à la veille de la Première Guerre mondiale, cet essai d’histoire globale renoue avec des études spatiales de vaste ampleur et de longue durée pour restituer un espace multiplement connecté (mer Rouge, Perse, océan Indien, péninsule Arabique, Asie du Sud) : le golfe Arabo-Persique au coeur de sa première mondialisation.

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