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Dix jeunes traducteurs russes accueillis par le CNL à Paris
Rencontre du CNL
du 15 au 22 Juillet 2013

Dix jeunes traducteurs russes accueillis par le CNL à Paris

Les jeunes traducteurs russes participant au séminaire de traduction organisé par le CNL et coordonné avec Elena Balzamo, animé par la traductrice Vera Milchina, ont achevé leur session d‘étude par un voyage à Paris, rythmé par des rencontres professionnelles et par  l’immersion culturelle dans la langue qu’ils traduisent en russe.

L’objectif de ce programme expérimental consiste à favoriser les échanges professionnels et faire connaître aux traducteurs et éditeurs russes des textes de la littérature et de la pensée française contemporaine, afin d’en favoriser la cession de droits et la publication en Russie.

 Le CNL se réjouit d’avoir encouragé la diffusion de la pensée française en finançant l’intégralité de ce séminaire de professionnalisation de jeunes traducteurs russes. Le travail de traduction aboutira à la parution d’une anthologie de textes français du XIXème siècle à la rentrée 2013 aux éditions NLO à Moscou.

Le regard des coordinatrices du séminaire de professionnalisation des jeunes auteurs lors de la clôture du séjour à Paris

 Elena  Balzamo, essayiste, traductrice et critique littéraire, spécialiste des littératures scandinaves

Pourquoi avez-vous souhaité organiser un programme d’échanges de traducteurs ?

Après l’effondrement de l’URSS, il est devenu impératif de former des traducteurs et de transmettre ce savoir et une méthode de traduction.  Grâce à la traductrice Vera Milchina, nous avons pu mettre en place ce projet, nous avons élaboré un sujet d’étude qui portait sur des textes de la  littérature du XIXème siècle. Depuis dix-huit mois, des matinées de travail et un programme d’accompagnement et de présentation des ouvrages du XIXème siècle rythment notre séminaire de traduction, en vue de publier une anthologie à l’automne, intitulée  Les français peints par eux-mêmes, enfin plutôt les françaises peintes par elles-mêmes, car la majorité des traducteurs inscrits au programme sont des filles. Nos jeunes élèves ont appris à rédiger des notes de lectures, à maîtriser l’exercice critique de façon à rendre l’œuvre compréhensible par le lecteur. À la fin des séances de travail, des invités (Wladimir  Berelowitch, Anne Coldefy-Faucard …) chercheurs et traducteurs, exposaient leur vision de la traduction. Ce seront les éditions NLO, spécialisées dans la publication de livres dédiés aux sciences humaines et donc à la non-fiction, qui publieront  notre recueil de textes, avec un tirage à 3000 exemplaires pour que notre travail vive !

 

Vera Milchina, traductrice

Quel est votre sentiment à l’occasion du bilan de ce programme d’échange de traducteurs ?

J’ai accepté cette odyssée de la traduction que je considérais très risquée au début je l’avoue. N’étant pas enseignante mais traductrice, je me suis habituée au fil des années à la solitude dans mon travail. Ce séminaire de traduction a été une révélation, une expérience collective avec parfois « un jaillissement d’étincelles brillantes » grâce à ce que je qualifierais d’un « cerveau commun ». La tâche apparaissait ardue avec 29 personnes inscrites  dans ce programme d’échanges de traducteurs, avec des séances mensuelles de lecture et d’analyse de textes, sachant que chacun d’entre eux  a un parcours et une vision propres dans le domaine de la traduction. Je leur ai appris à « mesurer » l’ancienneté du mot à traduire, à le contextualiser, si bien qu’à la fin du séminaire, lorsque je redistribuais les textes pour une double-correction, je me suis aperçue que les élèves étaient plus attentifs aux subtilités, aux contre-sens.

Le voyage à Paris leur a offert l’opportunité de découvrir les monuments  dont ils avaient traduit la description. Ce fut une vraie plongée dans l’histoire, ils sont d’ailleurs devenus les spécialistes du Paris du XIXème siècle ! Je suis très reconnaissante vis-à-vis du CNL, ce voyage représente un beau cadeau.

Les traducteurs donnent leur version du séminaire de traduction et de leur voyage à Paris.

Alexandra Safonova, 37 ans, cantatrice et musicologue,  a choisi comme sujet d’étude en Russie l’opéra-comique français au XVIIIème siècle, et s’est réjouie de découvrir la BNF, qui représente pour elle : « la possibilité de travailler dans un espace de réflexion spacieux avec  une multitude d’ouvrages».

Maria Lipko, 26 ans, étudiante en journalisme et en relations internationales, a approfondi son  intérêt à propos de la littérature du XIXème siècle au programme du séminaire de traduction, en choisissant d’étudier les nouvelles françaises contemporaines  et « plus particulièrement les œuvres des auteurs  Marie-Hélène Lafon et Maylis de Kerangal  avec une publication prévue dans la Revue de littérature étrangère en Russie».

Nina Nazarova, 29 ans, diplômée d’un cursus en Lettres a apprécié rencontrer « des traducteurs professionnels et d’en apprendre davantage sur la traduction classique de Tchekhov et de  Dostoïevski  et souhaite se concentrer sur la traduction de L’Histoire de la vie privée de Philippe Ariès». Elle regrette : « qu’il n’y ait pas de syndicat de traducteurs en Russie pour soutenir le métier de traducteur ».

Dimitri Borok, 33 ans, ingénieur, et Sergei Kozin, traducteur et scénariste,  se sont consacrés à faire des recherches sur le contexte culturel et politique des ouvrages : « savoir par exemple, quels étaient les habits des parisiens du XIXème siècle, grâce au travail méticuleux de Vera Milchina». Concernant Sergei, il désire « s’investir encore plus dans le métier de traducteur ».

Anna Balachova, 26 ans, étudiante en traduction et en interprétariat s’est concentrée sur : « les sessions de formation en Russie, avec la grande envie de voir paraître l’anthologie des textes traduits et la pression d’utiliser le bon mot, impressionnée par ce travail de traduction qui donne matière à réfléchir».

Inna Mironenko, 32 ans,  éditrice, spécialiste dans la traduction d’œuvres non-fiction, a pu découvrir lors du voyage de clôture du séminaire de traduction : « les mécanismes de la chaîne du livre, de l’usager à la décision de publier, soit tout le processus intellectuel et matériel qui accompagne la naissance d’un livre ».

La rencontre d’Olivier Mannoni avec les jeunes traducteurs russes

Olivier Mannoni, traducteur et directeur de l’Ecole de Traduction Littéraire

Olivier Mannoni est revenu sur l’évolution de la formation du métier de traducteur et la formation proposée par l’ETL.

« La formation de traducteur  est assurée depuis vingt-cinq ans, par le biais du centre Diderot qui propose un master spécialisé, grâce à l’INALCO (Institut national des langues  et civilisations orientale) à Paris IV, à Strasbourg (Itiri) , à Bordeaux III, avec  le Programme franco-allemand suisse  Georges-Arthur Goldschmidt ainsi que La Fabrique des traducteurs à Arles …  Environ mille traducteurs vivent de leur métier en France, les formations françaises délivrent 120 diplômes à des étudiants, dont 90 concernent l’anglais.  Se pose donc le problème de diminution de centres de formation qui enseignent des langues rares. Pour pallier ce manque,  nous avons développé avec le CNL le projet d’une Ecole multilingue en proposant une formation adressée aux jeunes traducteurs confirmés,  avec  16 stagiaires qui représentent 14 langues depuis janvier 2013.

Des traducteurs chevronnés comme André Markowicz, ont donné des cours à l’ETL, autour d’un texte, parfois d’un mot, et grâce auxquels nous avons obtenu un taux de fréquentation de 100% ! Nous cherchons à transmettre l’idée que la traduction est un travail de lecture et de questionnement permanent, au-delà de la version ».