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Jeudi 8 janvier 2015

Discours de Vincent Monadé au personnel du CNL, en hommage aux victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo

Nous avons collectivement failli. Par paresse, par peur, par fatalisme, par la faute d’un quotidien qui nous mange, par égoïsme aussi, nous avons oublié de rappeler ce que nous sommes, ce que nous sommes tous, musulmans, juifs, chrétiens, bouddhistes tibétains ou bouddhistes zen, athées militants ou agnostiques tranquilles, c’est-à-dire des Républicains laïcs, citoyens de ce pays que nous chérissons, héritiers d’une liberté dont nous avons pris tellement l’habitude que nous avons perdu celle de la défendre et de la protéger, de la chérir et de combattre pour elle.

Eux, ceux qui sont morts hier et ceux qui sont blessés, n’avaient pas baissé les bras. Ils défendaient, pour nous, notre liberté, notre insolence, notre droit à rire de tout, même si pas avec n’importe qui, nos valeurs et notre République. Qu’ils soient anars athées et rigolards ou religieux pratiquants, de gauche ou de droite, ne change rien à l’affaire : les femmes et les hommes morts hier, ceux qui sont blessés, étaient et sont la République.

Trop longtemps, nous les avons laissés se battre pour nous. Nous les avons laissés être l’avant-garde, les éclaireurs, la première ligne. Parfois même nous nous permettions de trouver que vraiment, décidément, ils allaient trop loin. Ils en sont morts. Ils sont morts pour nous tous.

Il n’y a plus personne à l’avant, aujourd’hui. Il n’y a plus que nous. Le drapeau qu’ils ont laissé est bleu, blanc et rouge. C’est à nous de le ramasser et de le brandir. D’arrêter d’espérer que quelqu’un d’autre, un dessinateur, un policier, un agent d’entretien, une psychanalyste, un économiste, un correcteur... le fera pour nous. Nous sommes la première ligne.

C’est à nous de dire que nos concitoyens musulmans sont nos frères, qu’ils soient français ou étrangers vivant chez nous, comme le sont les femmes et les hommes de toute croyance. Que la République est une et indivisible. Qu’elle est laïque, terre de la liberté et des droits des hommes.

Au Cnl, nous avons une responsabilité particulière. Nous devons garantir la liberté des créateurs, la liberté de dessiner des livres pour enfants où il y a des gens à poil, la liberté de traduire et publier Les Versets Sataniques, la liberté d’écrire Soumission ou de publier Malek Chebel, la liberté totale, indiscutable et inviolable du créateur ou du penseur, la liberté de mettre dans sa vitrine les livres de Taslima Nasreen ou de Roberto Saviano, la liberté de proposer tous les livres dans les bibliothèques.

C’est notre devoir. Et si parfois nous doutons, alors souvenons-nous de ceux qui, le 7 janvier 2015, à Charlie Hebdo, sont morts assassinés pour que nous puissions vivre libres.

 

Ils s’appelaient :


Frédéric Boisseau, agent d’entretien,

Franck Brinsolaro, policier,

Jean Cabut, dit Cabu, dessinateur,

Elsa Cayat, psychanalyste,

Stéphane Charbonnier, dit Charb, dessinateur, directeur de publication,

Philippe Honoré, dessinateur,

Bernard Maris, dit Oncle Bernard, économiste, journaliste,

Ahmed Merabet, policier,

Mustapha Ourrad, correcteur,

Michel Renaud, organisateur de manifestation littéraire,

Bernard Verlhac, dit Tignous, dessinateur,

Georges Wolinski, dessinateur,

 

Pour eux, nous allons observer une minute de silence.