Trier les actualités

Remise des insignes de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres à Florabelle Rouyer
Infos-presse
Jeudi 15 septembre 2016

Remise des insignes de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres à Florabelle Rouyer

Chef du département de la Création

Hier au Centre national du livre, Florabelle Rouyer, chef du département de la Création, s’est vue remettre les insignes de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres par Marie Sellier, auteure et présidente de la SGDL.
(Sur la photo, de g à d : Marie Sellier, Florabelle Rouyer, Vincent Monadé / ©CNL)

Voici le discours prononcé par Marie Sellier à cette occasion :

"Ma chère Florabelle,

ce n’est pas sans une certaine émotion…

Sans rire, je ne te cache pas que j’ai été un peu impressionnée lorsque que tu m’as demandé, au printemps dernier, de te remettre les insignes de Chevalier des Arts et des Lettres. C’était la première fois, quel honneur !

Mais aujourd’hui j’en suis tout simplement heureuse, avec ma double casquette de présidente de la Société des Gens de Lettres – société avec laquelle tu entretiens des liens étroits depuis fort longtemps, bien avant mon arrivée à la présidence –et aussi, et peut-être surtout, d’amie.

Pas peu fière de braver le sexe des mots – dont on sait qu’il est particulièrement têtu – pour t’adouber chevalière.

Et tant pis pour l’Académie Française qui s’obstine à avoir une conception joaillière plus ou moins armoriée de la chose, puisqu’en chose, chevalier se métamorphose par la simple adjonction d’un e, comme si souvent au demeurant en français où le passage au féminin chosifie, et qui plus est, dans ce cas précis, sous tutelle masculine puisque, encore aujourd’hui, la dite bague continue à se transmettre de père en fils, d’auriculaire mâle à auriculaire mâle.

Cherchez la femme !

La femme, eh bien elle est là !

Fière amazone – point de heaume –, la tête nue, la mèche au vent – ni de haubert –, le torse en liberté, en selle sur le magnifique canasson CNL, le département de la création en bannière.

Ah tu as belle allure, Florabelle !

Chevalière, ça te va bien, tu en as l’aplomb, la hardiesse, la générosité, la foi, la loyauté.

Les joutes te sont familières. Je peux en témoigner.

Nous nous sommes rencontrées lors du fameux – et quasi interminable – tournoi des Revenus Accessoires. Tu t’y étais illustrée par quelques passes d’armes sur le statut de l’auteur. Tu avais – et tu as toujours – peu de sympathie pour l’écrivain auto-proclamé. Il faut avoir fait ses preuves et même si possible avoir bouffé un peu de vache enragée, histoire de savoir pourquoi on a choisi ce métier, n’est-ce-pas, ou cette galère, pour trouver grâce à tes yeux.

Tu aimes les cuirs tannés, pas les planqués, ni les assistés.

Je m’étais dit : cette Florabelle, au prénom si délicatement champêtre, waouh ! elle est cash !

Eh oui, tu n’es pas de ceux qui mâchent leurs mots. Tu as des convictions et tu les exprimes. Tu t’engages, quoi !

Remarque, tu as été à bonne école, avec des parents tous deux enseignants, syndicalistes, militants communistes.

Citoyenne et engagée, s’il y en a une qui sait ce que ça veut dire, c’est bien toi.

Engagée sans pour autant être butée. Tu acceptes la contradiction, les remises en question, et ne détestes pas confronter tes idées à celles de autres.

Le secret, je crois, c’est qu’au-delà de l’échange, tu aimes les gens.

Tu es un être vraiment humain.

Pas du genre inaccessible.

A la tour d’ivoire, tu préfères le terrain, celui que tu as choisi, le terrain des Lettres.

De tes études de Lettres modernes au poste de chef du département de la création que tu occupes aujourd’hui au CNL, toute ta carrière s’est déroulée dans ce champ-là.

Tu n’as cessé de travailler au rayonnement de la création. D’abord comme toute jeune attachée de presse chez Acte Sud à la grande époque de l’irruption de Nina Berberova sur la scène littéraire. C’est moi qui souligne. Tu aurais pu en faire ta devise. Il n’est pas trop tard d’ailleurs.

Puis comme assistante d’édition chez Vif-Argent, maison qui concevait des livres-cassette.

Un petit passage par le salon du livre de Montreuil et tu entres au Centre National des Lettres, d’abord comme assistante de Michel Marian, puis de Martine Grelle.

Ensemble vous gérez les Belle Etrangères et accueillez en France les écrivains du monde entier.

Ce compagnonnage durera 12 ans.

Comme tu n’es pas indifférente aux gens, tu t’intéresses à ces drôles d’humains que sont les auteurs. Tu découvres l’envers des paillettes, tout ce qui ne chante pas au royaume des écrivains, les conditions de rémunération, les contrats boiteux, les entorses aux contrats boiteux…

Tu es prête pour entrer au bureau des auteurs auquel tu postules en 2005.

Sans surprise, tu es prise.

A l’époque, vous êtes six, une petite équipe dans laquelle tu te trouves bien.

Tu y restes cinq ans, passant par toutes les commissions avant de poser tes pénates au bureau de l’édition où tu t’occupes de la fiction.

J’ai eu le privilège de présider la commission d’attribution des bourses jeunesse sous ta houlette bienveillante.

J’ai pu constater de l’intérieur la quantité de travail que représentait la préparation des commissions et je peux confirmer que tu es une grosse bosseuse.

Tu prétends que tu n’as aucune constance en dehors du boulot parce que tu n’amortis pas ton abonnement de gym, mais pour le reste, je n’en crois pas un mot.

Je sais bien que, comme toute femme qui se respecte, tu as plusieurs vies en une,

mère attentive de Sovane et Kamil,

compagne de Pascal,

à la tête d’une famille recomposée de six,

élément moteur de ta famille au sens large,

amie fidèle…

tu es rodée pour les grandes tablées.

Il parait que tu fais très bien la shorba, même si je n’y ai pas encore goûté… mais ça ne saurait tarder.

En attendant, il est temps d’épingler sur ta robe noire cette belle médaille verte – croix à huit branches à l’effigie de la République –sur laquelle s’entrelacent le A des Arts – mais ce pourrait être celui d’ardeur, d’autorité, d’altérité, d’audace – et le L des Lettres — à moins que ce ne soit celui de lumière, loyauté ou liberté.

Ma chère Florabelle, en vertu des pouvoirs qui me sont conférés par le Président de la République, je te fais aujourd’hui chevalière des Arts et des Lettres."

 

Et voici le discours prononcé par Florabelle Rouyer :

"Merci à Marie d’avoir accepté cette mission, merci de ton amitié et de ton talent.

Avant de commencer, sachez que vous avez échappé à beaucoup plus long jusqu’à que je réalise que ce que je faisais ressemblait à un discours de pot de départ, or sauf erreur (ou alors on ne m’a pas prévenue) ce n’est pas encore ça ! Donc pour conjurer le sort, j’ai fait bref !

En premier lieu bien sûr, je souhaite très solennellement et très chaleureusement remercier ceux grâce à qui cette distinction m’a été donnée il y a un an :

Madame la ministre, Fleur Pellerin,

Mon président, Vincent Monadé

et Véronique Trinh.

Comme le secret avait été bien gardé, j’ai d’abord été surprise (une erreur ?) puis déstabilisée (qu’ai-je fait ou pas fait pour mériter ça ?) puis émue (quand même, chevalier!)

Cette distinction, finalement, m’oblige et c’est tant mieux. Elle m’oblige à en être digne, à être vigilante, exigeante dans la façon dont je fais mon travail.

Fatalement, j’ai jeté un œil par-dessus mon épaule, ce qui m’a d’abord un peu effrayée (tout ce temps déjà passé, pas possible !) puis réjouie (tout ce temps, toutes ces rencontres, tous ces projets, tout ce plaisir) et m’a laissée avec une certitude : « j’aime toujours ce que je fais et où je le fais »

Pour tout vous dire, je suis arrivée au CNL un peu par hasard, disons que cette année-là un certain nombre de bonnes fées se sont penchées de façon plus ou moins directe sur mon berceau et comme c’est un peu grâce à elles que je suis là aujourd’hui, je voudrais les en remercier :

Merci donc aux éditions Vif Argent d’avoir fait faillite et de m’avoir du coup rendu ma liberté,

Merci aux éditions Casterman d’avoir préféré la candidature de Kathy Degreef à la mienne pour prendre en charge son service de presse,

Merci à mon amie Anne Favier d’avoir accepté d’être débauchée par Nicole Lattès, et de m’avoir convaincue de postuler sur le poste qu’elle quittait au CNL,

Merci au ministre de l’époque d’avoir engagé un grand mouvement de dissolution d’associations culturelles dont notamment l’ADEC, obligeant de ce fait le CNL à prendre en charge, au débotté, une de leurs activités : l’organisation des Belles Etrangères,

Enfin merci à Michel Marian d’avoir pérennisé mon poste sur cette mission et de m’avoir supportée (et vice et versa).

Voilà comment l’histoire a commencé, c’était il y a plus de 20 ans.

Je sais, c’est mal de rester aussi longtemps dans la même entreprise, pas du tout bon signe, plus du tout tendance, et je n’ai donc aucune excuse pire : je suis toujours assez heureuse d’être ici.

C’est donc grâce à tout cela que j’ai découvert le cœur d’une institution unique : le CNL

Par ses missions historiques d’abord :

Quand on aime le livre et la littérature, que rêver de mieux que de soutenir, accompagner, réfléchir avec ceux qui la font.

Par son fonctionnement aussi :

Quand on aime les relations avec les autres, que rêver de mieux que cette collégialité, que d’être en lien permanent et direct avec la profession, auteurs, traducteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, organisateurs de manifestations, associations, chacun participant à son tour à la bonne marche de la machine…

Merci à eux, à vous d’être là aujourd’hui.

Mais ce que j’ai surtout éprouvé dès mon arrivée et qui fait la particularité du CNL, sa botte secrète sans aucun doute, que je veux saluer aujourd’hui : c’est l’engagement des équipes qui y travaillent.

Donc, chers collègues du CNL, permettez-moi de profiter de cette tribune qui m’est offerte pour remercier chacun d’entre vous et rendre hommage à ce que vous mettez chaque jour en partage au service du livre et qui crée la magie de ce lieu : votre passion, votre compétence, votre curiosité et votre attachement au livre.

C’est grâce à vous que le CNL est ce qu’il est et que je suis ce que je suis.

Cette distinction, c’est aussi à vous que je la dois et je la partage avec vous.

 Pour finir, j’ai une immense pensée pour Claire Franek, auteur et illustratrice magnifique qui nous a quittés cette année, et qui aurait beaucoup, beaucoup ri de me voir là aujourd’hui.

Merci à vous tous, et que l’aventure continue."