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Portrait

Magali Brazil, directrice de la Maison de la poésie de Nantes

Publié le 15 juillet 2020

Le CNL vous propose chaque mois le portrait d'un professionnel dont il soutient les projets. C'est au tour de Magali Brazil, directrice de la Maison de la poésie de Nantes, de répondre à nos questions.
Découvrez sa passion et son parcours, l'histoire et les actions singulières de ce lieu unique qui fait vivre toute l'année la littérature, les arts et la poésie, un lieu ouvert à tous où résonne l’effervescence de la création poétique actuelle.

Portrait de Magali Brazil
Magali Brazil ©VJoncheray

Magali Brazil, pouvez-vous nous présenter en quelques mots votre parcours ?

Originaire de Saumur, j’ai suivi un parcours universitaire en Lettres modernes. Très désireuse de travailler dans les métiers de l’édition littéraire, j’ai enchaîné avec la formation Pro-libris (malheureusement aujourd’hui disparue) proposée à Nantes par le CECOFOP et sous la houlette de Yves Douet. Cette formation nous immergeait dans les différentes phases de l’édition, en intégrant dans son fonctionnement les éditions Le Passeur, à la fois outil pédagogique et véritable maison d’édition.

C’est au cours de ces 9 mois que j’ai eu mes premiers contacts avec l’écriture poétique contemporaine. Je garde notamment un grand souvenir de ma rencontre avec Lorand Gaspar et ma lecture de son œuvre, ou encore Maurice Nadeau, invité à intervenir. J’ai alors compris que ma vie professionnelle me conduirait vers la promotion et la défense des auteurs contemporains.

Comment êtes-vous devenue directrice de la Maison de la poésie ?

J’ai très vite rejoins la Maison de la Poésie de Nantes, en 1999, grâce au dispositif emploi-jeune. À l’époque, la structure était petite et fragilisée. Une refonte totale s’est opérée dès 2000 avec le départ de la directrice et l’arrivée, au sein du conseil d’administration, d’une nouvelle équipe sous la présidence du poète Daniel Biga, une rencontre déterminante pour moi.
Ensemble, nous avons réorienté et consolidé le projet de la Maison de la Poésie dont j’occupe depuis la direction.

Bien plus qu’un "job", être en permanence confrontée aux écritures poétiques est une richesse infinie en terme de développement personnel. Parmi tous les genres littéraires, la poésie, a fortiori celle qui se crée à notre époque, est le lieu d’une grande liberté de langage, et à travers lui, de pouvoir accéder à de multiples façons d’appréhender la complexité du monde. Elle nous amène à une grande ouverture d’esprit et sans doute à plus de tolérance. C’est en étant convaincue de cela que j’œuvre avec mon équipe à transmettre au plus grande nombre ce champ infini qu’offre l’écriture poétique comme façons de sentir, penser le monde dans toutes ses singularités.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Il est très enthousiasmant d’être à cet endroit de partage militant de cet art qui me passionne auprès de publics très différents. C’est une chance inouïe d’être libre d’inviter, de défendre les auteurs que j’aime et que je crois importants, de les rencontrer et de bénéficier de moments avec eux et de tout ce qu’ils apportent. Qui plus est à Nantes que j’adore, ville portée par un incroyable terreau culturel, marquée par Julien Gracq, le surréalisme, et berceau de Jules Verne.

Diriger une Maison de la Poésie est aussi un combat incessant, parfois épuisant, pour préserver sa pérennité : il convient de convaincre, inlassablement, de la nécessité d’une présence poétique malgré une audience relativement faible. Je pense ici aux médias et aux partenaires financiers en ajoutant aussi quant à ces derniers que nous avons la chance sur notre territoire de bénéficier d’une qualité d’écoute et d’échanges qui a permis d’accompagner notre développement.

Qu'est-ce qui fait la singularité de la Maison de la poésie ?

La particularité de la Maison de la Poésie est de préserver au cœur de ses différentes actions la présence de l’auteur en privilégiant la lecture à haute voix, selon différents formats, comme le meilleur mode de rencontre avec l’émotion poétique. À partir de cette base, et dans un soucis de décloisonner le genre, nous aimons provoquer des liens avec d’autres disciplines artistiques, voire d’autres domaines littéraires ou scientifiques. Dans ces cas-là, les propositions sont toujours conçues en fonction de l’œuvre de l’auteur et de ses affinités envers d’autres champs.

Quelles sont vos principales activités ?

Depuis longtemps, nous développons deux grandes activités, qui ont chacune autant d’importance pour nous et forment ensemble le projet central de la Maison de la Poésie de Nantes.

La première consiste en une programmation qui articule des lectures-rencontres régulières avec des auteurs – le cycle  "Poèmes en cavale" au Lieu Unique, scène nationale de Nantes – et un temps fort, le festival MidiMinuitPoésie qui se déroule pendant 5 jours en octobre*. Cet événement, qui s’est sensiblement développé au fur et à mesure des années, a largement contribué au rayonnement de notre structure, sans doute parce qu’il sait se renouveler chaque année : c’est un formidable support pour expérimenter des formes originales, notamment des actions audacieuses dans l’espace public.

Il intègre dans sa construction la deuxième activité qui relève de la médiation littéraire dans la diversité des quartiers et territoires qui structurent Nantes, composent la Loire-Atlantique et la Région des Pays de la Loire : nous développons des projets de fonds qui impliquent différents publics, que nous espérons être le lectorat de demain. Ainsi, nous travaillons chaque année avec un trentaine de classes, tous niveaux confondus, et des étudiants. Nous concevons des projets adaptés aux séniors, habitants de quartiers périphériques, aux détenus…

*La 20e édition du festival MidiMinuitPoésie aura lieu du 6 au 10 octobre prochain !

Quels projets avez-vous entrepris récemment ?

Depuis quelques années, nous mettons en œuvre des résidences qui nous permettent de mieux conjuguer ces deux activités, de nous positionner plus fortement en soutien aux auteurs et à la création, dans une complicité plus appuyée avec les auteurs.

Depuis 3 ans, nous avons élaboré un projet ambitieux qui trouvera sa concrétisation ces prochains mois : il s’articule autour d’un lieu situé dans une maison à colombage (la Maison du Change, propriété de la Ville de Nantes), au centre-ville de Nantes, qui abrite actuellement au premier étage nos bureaux et un fond important de plus de 13 000 ouvrages de poésie contemporaine.

Cet édifice patrimonial dispose de 4 étages à rénover dans lesquels nous conforterons les activités actuelles et en développerons de nouvelles : un appartement de résidence pour amplifier les séjours d’auteurs ; une bibliothèque repensée et professionnalisée ; une programmation nouvelle dans ces espaces que nous concevons comme un lieu de vie avec une activité de café-restauration. Un Café Poésie, en somme, qui s’affirmera comme un lieu ouvert et chaleureux !

Quel soutien vous apporte le CNL ?

L’aide du CNL existe depuis plusieurs années pour le festival MidiMinuitPoésie. Outre l’apport financier forcément précieux, bénéficier du soutien du CNL représente une véritable reconnaissance nationale qui constitue un levier non négligeable pour préserver l’accompagnement des collectivités locales.

Le développement de notre activité depuis la création de la Maison de la Poésie en 1986 repose sur un travail acharné de militants, mais aussi sur un micro climat territorial fertile qui soutient l’ambition des projets et une grande liberté de nos choix. Notre public est aujourd’hui à la fois fidèle, en plein renouvèlement, et beaucoup plus large que le cercle habituel des amateurs de poésie contemporaine.

Comment voyez-vous son aide ?

Aux côtés des collectivités locales qui nous ont toujours soutenus, le rôle de l’état, du ministère de la Culture et du CNL en particulier, demeure primordial pour nous, car nous nous inscrivons aujourd’hui au-delà de la métropole culturelle de Nantes pour mener un projet à rayonnement national dont les auteurs et les éditeurs ont tant besoin. Nous appelons le CNL à un soutien plus fort et plus global pour permettre le nouveau projet de lieu qui est finalement unique en France pour le secteur de la poésie.

Si vous aviez 5 recueils de poésie à nous conseiller...

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