Kibogo est monté au ciel

Publié le 25 novembre 2020

Au Rwanda, colonisation et évangélisation avaient partie liée. En 1931, la destitution du roi Musinga qui refusait le baptême entraîna la conversion massive de la population.

Mêlant la satire et le merveilleux, Scholastique Mukasonga restitue au Rwanda, alors colonisé et évangélisé par les Belges, ses légendes, ses croyances, ses coutumes, mais aussi sa résistance à la colonisation. Pour l'écriture de ce roman, elle a bénéficié d'une bourse du CNL.

Kibogo est monté au ciel - Mukasonga
Gallimard

Le livre

De Kibogo, le fils du roi, ou du Yézu des missionnaires, lequel des deux est monté au ciel ? Qui a fait revenir la pluie, sauvant ainsi son peuple de la sécheresse et de la famine ? Est-ce Maria de la chapelle ou la prêtresse de Kibogo qui a dansé sur la crête de la montagne au-dessus du gouffre ?

Au Rwanda, colonisation et évangélisation avaient partie liée. En 1931, la destitution du roi Musinga qui refusait le baptême entraîna la conversion massive de la population. Souvent, ces baptêmes à la chaîne, pour beaucoup opportunistes, aboutirent à un syncrétisme qui constituait une forme de résistance. Est-ce qu’il fallait croire aux contes que prêchent les pères blancs à longue barbe ou à ceux que raconte votre mère, chaque soir, à la veillée, jusqu’à ce que le foyer ne soit plus que braises rougeoyantes ?

Dans ces histoires miraculeuses, la satire se mêle d’humour et de merveilleux : un immense plaisir de lecture.

L'auteur

Autrice d'une dizaine de roman, Scholastique Mukasonga est née en 1956 dans la province de Gikongoro au Rwanda. Elle remporte en 2012 le prix Renaudot et le prix Ahmadou-Kourouma pour son roman Notre-Dame du Nil (Gallimard). Finaliste en 2015 du Dublin Literary Award et du Los Angeles Times Book Prize, elle est récompensée en 2014 par le prix Seligman contre le racisme et l'intolérance et en 2015 par le prix Société des gens de lettres pour la nouvelle.
 

Les premières lignes

Kamanzi, notre sous-chef, est venu pour prendre nos enfants. Le colon l’avait payé pour ça. Il lui avait donné une montre, des lunettes, une bouteille de porto, deux touques pleines de pétrole, un coupon de tissu pour sa femme et ses filles. Il a pris les enfants de Gahutu, de Kagabo, de Nahimana et de beaucoup d’autres. Et même des petits qui n’avaient pas dix ans. Il les a amenés dans le champ du colon. C’était pour cueillir les fleurs qu’avait plantées le colon. Des fleurs avec des pétales blancs et un cœur tout jaune. Le sous-chef avait dit :

« Les fleurs, c’est pour la guerre. Nous autres les Rwandais, on nous a dit : on doit faire des efforts pour la guerre, la guerre des Belges, la guerre des Anglais, la guerre des Allemands, la guerre de tous les Blancs. Ces fleurs, c’est des médicaments pour les soldats qui font la guerre. Ça tue les moustiques qui les attaquent, qui donnent la malaria. Il faut beaucoup de fleurs. L’administrateur l’a dit au chef, le chef me l’a dit : c’est pour ça qu’il me faut vos enfants. Les petites mains des enfants, a dit le colon blanc, c’est ce qu’il faut pour cueillir les petites fleurs. »

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