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Rentrée littéraire
Projet remarqué

Le tailleur de Relizane

Publié le 27 août 2020

Rentrée littéraire 2020Fresque familiale et initiatique, le 5e roman d'Olivia Elkaim, Le Tailleur de Rélizane (Stock), paraît en cette rentrée littéraire 2020. Retraçant l'histoire de ses grands-parents et de leur exil, elle révèle avec une rare intensité une part de l'histoire de l'Algérie, de la France, mais aussi d'elle-même. Pour l'écriture de ce roman, elle a bénéficié d'une bourse du CNL.

 Le tailleur de Relizane - Olivia Elkaim
Stock

Le livre

Relizane, pendant la guerre d’Algérie. Lorsqu’en pleine nuit, on frappe à la porte, Marcel, le grand-père d’Olivia Elkaim, craint pour sa vie et celles de sa femme et de leurs deux enfants. On lui enfile une cagoule sur la tête, il est jeté dans un camion et emmené dans le désert. Va-t-il être condamné à mort ou gracié ? Il revient sain et sauf à Relizane trois jours plus tard, et ses proches se demandent quel est le secret de ce sauf-conduit. À quoi a-t-il collaboré ? Quels gages a-t-il donné et à qui ? Viviane, son épouse, ses frères, sa mère, ses voisins, tous questionnent le tailleur juif. Mais il garde le silence. Quand un jeune apprenti arabe se présente devant son échoppe, Marcel comprend que tôt ou tard, il lui faudra quitter son pays natal.

Après ce début d’une folle intensité romanesque, Olivia Elkaim retrace l’histoire de sa famille, l’exil des siens, leur arrachement à cette terre africaine, et leur fuite chaotique vers une France où rien ne les attend - ni confort, ni sympathie, ni même aucune aide administrative.

Ces valeureux que le soleil caressait il y a peu, deviennent des réprouvés qui ne connaîtront que l’ombre d’une cave humide à Angers. Les grands-parents d’Olivia Elkaim, Viviane et Marcel, sont deux magnifiques personnages, entre Albert Cohen et Anna Magnani, qui ne cesseront de rêver d’échapper à cette triste France.

Au-delà de tout ce que nous savons du retour d’une famille pied-noire en métropole, au-delà du drame humain, familial, politique, souvent commenté par les historiens, Olivia Elkaim explore sa part algérienne, juive, lyrique, à la fois enchantée et hantée, que son père Pierre avait tenté en vain de lui transmettre.
Par ce livre qui rend hommage à ses ancêtres, et à travers la photographie jaunie d’une grand-tante, retrouvée par hasard dans le cimetière juif de Relizane, elle se révèle aussi à elle-même.

Les premières lignes

Ils portent des fusils de chasse en bandoulière, des dagues fichées dans leurs ceintures. Ils cognent contre la porte vitrée, au troisième étage du 39, boulevard Victor-Hugo. Ils ont trouvé l’appartement dans le noir. Ils étaient bien renseignés.

Ils patientent dans la coursive.

Combien sont-ils ? Cinq, six, pressés les uns contre les autres, et un septième au volant du camion qui attend en bas, à l’angle de la rue du Fortin. Moteur coupé, phares éteints.

L’eau jaillit de la fontaine au milieu du patio. Son murmure se mêle aux chuchotements des hommes et à un cri autoritaire :

– Sors, Marcel !

Un silence épais lui répond.

Depuis des années, depuis cette Toussaint rouge où tout a basculé, les voisins ne font que 14somnoler. Ils guettent en s’agaçant dans leur lit jusqu’à l’aube. Mais cette nuit, ils font semblant de dormir, sourds aux bruits inhabituels dans la coursive.
 

L'auteur

D’origine algérienne, journaliste chargée de la bioéthique au journal La Vie, romancière, Olivia Elkaim est l’auteure entre autres chez Stock de Nous étions une histoire (Stock, 2014) et de Je suis Jeanne Hébuterne (Stock, 2017).

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