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Rentrée littéraire
Projet remarqué

Les lionnes de Lucy Ellmann

Publié le 27 août 2020

Rentrée littéraire 2020Une femme, dans sa cuisine, est plongée dans ses pensées. À quoi songe-t-elle ? Aux atrocités du monde, à son ex-mari, à ses quatre enfants, à cette chanson de son adolescence... En un souffle, une phrase ou presque, sur mille pages, Lucy Ellmann propose un récit magistral et hors norme. Sélectionné pour le Booker prize, traduit par Claro (Le Seuil) avec le soutien du CNL, Les Lionnes est l'un des grands livres du domaine étranger de cette rentrée littéraire 2020.

Les Lionnes de Lucy Ellmann
Le Seuil

Le livre

Une femme, mère au foyer, vit l’essentiel du quotidien dans sa cuisine. L’âge est venu, elle a surmonté un cancer, et dans sa tête elle rumine le monde, ses folies, ses dangers, les fusillades dans les écoles, la crise économique qui fait toujours payer les mêmes, la pauvreté, l’angoisse du lendemain, les équilibres plus que précaires, sa mère décédée d’une longue maladie. Ça se passe dans l’Ohio. Et ça nous parle, au plus profond, de tout, partout. Cette femme pense aux diverses tâches domestiques qui l’attendent, nécessaires à faire tourner le ménage. Elle s’indigne, contre Trump, ce président terrifiant, ou face au dérèglement de la planète, mais aussi contre la domination patriarcale, l’asservissement des femmes ou l’extermination des Amérindiens. Tout cela roule dans sa tête. Et c’est parti pour une formidable aventure narrative, en une coulée pleine de rebondissements, scandée par une formule litanique – « le fait que » – qui vous emporte dans une apnée littéraire exceptionnelle.

Dans ce livre finaliste du Booker Prize et salué par une presse dithyrambique, Lucy Ellmann réussit le miracle de nous faire toucher à l’universel par le biais du plus intime et du plus infime. Par son humour corrosif, elle mène une charge impitoyable contre l’Amérique et le monde d’aujourd’hui, et dresse un admirable portrait de femme – de toutes les femmes.

Les Lionnes de Lucy Ellmann, traduit par Claro (Le Seuil)

Les premières lignes

Quand on n’est que vigueur, lutte et solitude, vos petits – parce qu’ils sont doux, potelés, vulnérables – peuvent vous sembler des proies.
Être  réveillée  par  le  coup  de  patte  au  visage  d’un  lionceau  endormi.  Dans  la  tanière  étroite,  la  promiscuité  moite  et  dense  des corps lui donnait parfois des montées de chaleur proches de la nausée ou de l’ennui. Étirant ses longs membres aussi loin que le  permettait  l’espace,  elle  avait  hâte  de  s’engager  sur  sa  sente  sinueuse, vers les lointains, en quête d’un cerf. Dans ses rêves, elle en massacrait des hardes entières. Elle recherchait la prise ferme sur  la  nuque  du  cerf,  la  rapide  déchirure  de  la  peau,  sa  gueule  s’emplissant enfin de cette chose humide, chaude et nécessaire.
Car la vie n’est en réalité que cela, se détendre et bondir, bondir et se détendre.

L'auteur

Lucy Ellmann est née à Evanston, dans l’Illinois. Lauréate du Guardian Fiction Prize en 1988 pour son premier roman, Sweet Desserts, elle consacre depuis sa vie à l’écriture. Un seul de ses livres a paru à ce jour en France : Petits Désastres de la vie ordinaire (Seuil, 1995). Les Lionnes est son huitième roman. Lucy Ellmann vit aujourd’hui à Édimbourg.

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