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Portrait

Julia Kerninon, autrice

Publié le 09 septembre 2020

Elle vient de publier chez l'Iconoclaste pour la rentrée littéraire 2020, Liv Maria, son 5e roman pour lequel elle a bénéficié d'une aide du CNL. Découvrez le portrait de Julia Kerninon.
Pourquoi écrit-elle ? Qu’est-ce qui prédomine dans son travail de romancière ? Quelles sont les étapes de construction de ses livres ? Entrez dans l'atelier de l'une des voix les plus singulières de la littérature française actuelle. Puis cherchez en librairie son dernier livre, portrait brillant et troublant d’une femme libre marquée par un lourd secret.

Julia Kerninon, autrice
Julia Kerninon, autrice - Crédits photo : Arthur Jeanroy

Julia Kerninon, qui êtes-vous ?

J’ai étudié la littérature moderne, puis la littérature comparée, et j’ai fait un doctorat de littérature américaine consacrée au travail des écrivains et à la légende qui les entourent. C’était difficile, passionnant, mais j’ai toujours été occupée à autre chose qu’à enseigner, et aujourd’hui je ne pense pas que je prendrai un jour un poste en tant que prof. J’ai fait ces études, qui m’ont demandé un certain nombre de sacrifices, d’abord pour moi, pas nécessairement pour avoir un emploi.

Quelle place les livres et la littérature occupent dans votre vie ?

J’ai commencé à écrire quand j’étais enfant et n’ai jamais arrêté. J’ai toujours beaucoup lu, j’ai grandi dans une maison où c’était accepté et encouragé. Pendant des années, entre vingt et trente ans, j’ai lu tous les matins pendant quatre heures, un rythme que j’ai dû interrompre seulement depuis que j’ai eu des enfants, mais que je compte bien reprendre quand ils seront plus grands.

Les livres sont toute ma vie, ils m’élèvent et me nourrissent, ils me structurent et m’éduquent. Même pour élever mes enfants, je lis des livres – et ça marche !

Pourquoi écrivez-vous ?

J’écris parce que c’est la chose la plus intéressante que je connaisse. J’aime le processus et le résultat, j’aime commencer et finir. Dans ce que je lis comme dans ce que j’écris, le style m’importe plus que le récit, mais j’essaie de faire des livres aussi complets que possibles, avec une intrigue et une langue également solides.

Vous êtes autrice, traductrice et slameuse, comment conciliez-vous ces trois formes d’écritures ?

Je suis autrice et traductrice, mais ne suis plus slameuse depuis plus de dix ans, même si ça a été très formateur. J’adore faire de la traduction, parce que ça me permet de lire d’excellents livres, voire même d’en proposer moi-même aux éditeurs, parce que ça fait travailler mon cerveau, parce que c’est une autre façon de faire des livres. Comme ça, j’écris tout le temps, mes livres ou des traductions. J’aime bien être très occupée. C’était vraiment ça que je voulais, pas seulement écrire de la fiction, mais être spécialiste dans mon petit domaine, et faire aussi de la traduction. Je voulais aborder le livre par tous les côtés. J’espérais cette vie-là sans oser vraiment la désirer, et aujourd’hui je suis heureuse tous les jours de la vivre.

Qu’est-ce qu’une vie de romancière ?

Je pense à mes livres pendant des années avant de les écrire, et puis un jour je m’y mets parce que c’est le moment, j’écris intensément pendant un an et demi environ, en faisant des retours avec mon éditrice, Sylvie Gracia. Je me sens merveilleusement bien quand c’est fini, mais je n’ai pas le fétichisme de l’objet lui-même. J’aime beaucoup les tournées et la rencontre avec les lecteurs, mais ça me semble être complètement un autre travail, auquel mon goût pour le travail solitaire ne m’avait pas préparée.

Plus les années passent et plus je travaille, à cause de la traduction mais aussi à cause de ce qui arrive à mes livres, je suis de plus en plus sollicitée, si bien que maintenant, je suis occupée absolument toute la journée à travailler, comme une travailleuse « normale » – je me mets à mon bureau après le départ des enfants, et je ne m’arrête pas jusqu’au soir. La seule différence, c’est la nature de ce travail, et le fait d’être indépendante : personne ne me donne d’ordre et je n’en donne à personne non plus.

Comment voyez-vous l’acte d’écrire ?

Pour moi écrire est une chose extrêmement sérieuse, qui nécessite beaucoup de travail et de réflexion. Je lis, je relis, je corrige, j’écoute les retours. Je ne suis certainement pas dénuée d’orgueil, mais je crois qu’un livre est une œuvre en partie collective, qu’on ne saurait mener à bien sans le regard de l’éditrice, dans mon cas, et celui des proches, et celui des lecteurs. J’écris de façon très anarchique, et je passe ensuite beaucoup de temps à remettre les choses dans le bon ordre, disons. La finalisation d’un texte me prend un peu moins de six mois, mais j’y ai généralement travaillé des années avant.

La « mise en voix » des textes est-elle importante pour vous ?

Je trouve qu’en France, on ne fait pas beaucoup de lecture à voix haute, et que c’est dommage. Mais je ne suis pas du tout spectatrice, je ne vais ni au théâtre ni aux concerts ni voir de la danse, par exemple, donc je ne suis pas sûre d’être touchée par des propositions scéniques ou des collaborations. Je suis devenue écrivain parce que c’était une chose qui se faisait dans la solitude.

Comment avez-vous connu le CNL et comment voyez-vous son soutien ?

Je ne sais plus exactement comment j’ai connu le CNL, sans doute en cherchant des possibilités de bourse. J’ai demandé une seule bourse de création, qui m’a été accordée en 2019, et m’a permis d’écrire plus sereinement et en me sentant soutenue. Je sais que beaucoup de choses pêchent dans le statut des artistes-auteurs, mais je ne peux pas m’empêcher de me sentir chanceuse de vivre dans un pays où une telle structure existe.

Si vous aviez 5 livres à nous conseiller, ils seraient…

Julia Kerninon a choisi pour vous dans sa bibliothèque personnelle 5 livres qui l'ont marquée. N'attendez plus et cherchez-les dans votre librairie la plus proche !

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