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Portrait

Claudie Guérin, coordinatrice du réseau des médiathèques de l'AP-HP

Publié le 18 novembre 2020

Claudie Guérin est coordinatrice du Centre de documentation et du Centre Inter-Médiathèques, le service de la coordination des médiathèques des patients et des personnels, de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP). Elle a bien voulu répondre à nos questions sur le réseau des bibliothèques qu'elle anime et qui bénéficie du soutien du CNL.

Découvrez son parcours, la passion qui l'anime et son métier qui donne accès aux livres et à la culture aux patients et aux personnels des Hôpitaux de Paris.

Claudie Guerin - APHP
Claudie Guerin, Directrice du Centre de documentation de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP)

Claudie Guérin, quel est votre parcours ?

J’ai quitté la belle ville de Troyes en 1976 pour entrer en hypokhâgne puis en khâgne à Paris dans l’espoir de devenir professeur agrégée en grec. Après une rencontre décisive avec Geneviève Patte, directrice de la bibliothèque de la Joie par les livres à Clamart et d’Annie Pissard, directrice de la bibliothèque de Saint-Ouen, j’ai suivi une formation de bibliothécaire pour enfants (CAFB).

J’ai commencé par travailler dans des bibliothèques municipales avant de rejoindre en 1983 la bibliothèque de la Joie par les livres à Clamart*. J’ai ensuite participé à la création de la médiathèque des enfants de la Cité des sciences et de l’industrie de La Villette qui a ouvert en 1986 sous la responsabilité d’Annie Pissard que j’ai suivie sur le projet de création d’une bibliothèque d’art contemporain de la Ville de Paris (qui n’a pas vu le jour).

Passionnée par l’audiovisuel et le multimédia (héritage de mon père Pierre Guérin, créateur des BTSon, Bibliothèque de Travail Sonore), je me suis investie dans les nouvelles technologies, proposant aux bibliothèques municipales et départementales de prêt des formations dans ces domaines.

En 1996, j’ai rejoint l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris pour prendre en charge la coordination des médiathèques des patients et des personnels. Quelques années plus tard, mon poste a intégré la gestion de la documentation paramédicale, hospitalière et administrative et très récemment la documentation médico-scientifique. 

 

*La bibliothèque de la Joie par les livres est devenue la Petite bibliothèque ronde et le Centre national du livre pour la jeunesse (CNLJ) a rejoint la Bibliothèque nationale de France.

Pourquoi avoir rejoint les médiathèques de l’AP-HP ?

J’ai choisi de rejoindre les médiathèques de l’AP-HP, car je me suis toujours intéressée aux publics qui ne venaient pas en bibliothèque pour toutes sortes de raison, les publics que l’on dit "empêchés", même si ce terme ne me plait pas.

En 1984, j’allais porter des livres et raconter des histoires aux enfants dans les cages d’escalier et sur les terrains de jeux de la Cité de la Plaine de Clamart, non loin de la bibliothèque. Les activités développées hors les murs me semblent depuis toujours faire partie des missions des bibliothèques et c’est donc tout naturellement que j’ai souhaité contribuer à une offre de lecture de qualité au bénéfice de la communauté hospitalière de l’AP-HP.

Plus largement au sein de l’Association de l'ABF* et de la FILL*, et précédemment de l’IFLA*, je milite pour aider les bibliothèques municipales et départementales à travailler avec le milieu hospitalier afin de professionnaliser les bibliothèques d’hôpital. Chacun, quel que soit sa situation, doit pouvoir accéder à une offre de lecture de qualité. 

 

*ABF : Association des bibliothécaires de France, FILL : Fédération interrégionale du livre et de la lecture et IFLAInternational Federation of Library Associations

Qu’est ce qui fait la particularité de votre réseau ?

Avec l’équipe du Centre Inter-Médiathèques, je coordonne un réseau de 20 médiathèques des patients et personnels qui est une organisation unique en France. L’AP-HP a en effet choisi, il y a maintenant plus de 80 ans, de professionnaliser son offre alors que dans 95 % des hôpitaux français, elle est gérée par des bénévoles. Le réseau des médiathèques, où travaillent 25 bibliothécaires diplômés et salariés de l’AP-HP, ne couvre cependant pas les 39 hôpitaux de notre institution. Ce réseau est complété par 17 points lecture gérés par des bénévoles regroupés en associations.

Quels services sont proposés aux patients et aux personnels ?

Les médiathèques proposent livres, revues, musiques, films et appareils de lecture quand c’est nécessaire (lecteur de CD/DVD, lecteurs "Victor" pour les personnes malvoyantes, âgées, fatiguées, handicapées…). Le catalogue de 350 000 références est accessible en ligne.

Les lecteurs (patients et personnels) sont accueillis dans les médiathèques et quand les patients ne peuvent pas se déplacer, les bibliothécaires vont à leur chevet avec un chariot de documents, à un rythme hebdomadaire, ou leurs portent les ouvrages demandés.150 000 documents ont ainsi été prêtés en 2019.

Quelles sont vos offres d'animation ?

L’offre est complétée par des manifestations culturelles récurrentes sur l’ensemble du réseau AP-HP : le Printemps des poètes en mars, Partir en Livre en juillet et "Carte blanche aux médiathèques" en novembre, un événement institutionnel important.

Depuis maintenant plus de 15 ans, nous choisissons chaque année un illustrateur qui anime une quarantaine d’ateliers graphiques auprès des enfants et adultes hospitalisés et des enfants des crèches du personnel (Sara, Véronique Vernette, Julia Chausson, Emilie Vast, Marion Bataille, Juliette Gueyfier, Ariana Tamburini, Antoine Guilloppé...).

En plus de ces actions développées en réseau, les bibliothécaires développent une politique culturelle liée à leurs collections et spécificités locales. C’est ainsi qu’en moyenne chaque année plus de 500 rencontres culturelles animées par des artistes professionnels rémunérés sont organisées pour les patients. En 2019 plus de 200 000 patients et personnels ont bénéficié de l’offre culturelle des médiathèques.

Quels sont les projets qui vous tiennent particulièrement à cœur ?

Mon travail consiste à orchestrer cette offre culturelle autour du livre et de la lecture, à négocier des moyens auprès de ma direction, à communiquer sur cette offre, à développer des projets innovants…  C’est ainsi que nous proposons une offre de lecture numérique de premiers chapitres, accessible en ligne. Des expériences sont menées avec des casques réalité virtuelle, et des partenariats, toujours plus nombreux, sont noués avec des institutions culturelles dont les personnels viennent rencontrer les patients à l’hôpital, et où les patients se rendent quand leurs sorties de l’hôpital sont possibles (le Musée du Quai Branly, la BnF, le Louvre, le FRAC Ile-de-France…).

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Je trouve passionnant et stimulant, à travers l’action quotidienne des bibliothécaires, de permettre aux patients et à leurs proches de mieux vivre ce temps si particulier de l’hospitalisation et aux personnels d’avoir de meilleures conditions de vie au travail.

Il est encourageant de voir que la communauté hospitalière est de plus en plus convaincue que la prise en charge du patient doit être plus globale et aller au delà du soin. La culture contribue aux soins et améliore "l’expérience patient".

Et ce qui vous semble le plus prenant et difficile ?

Dans le contexte contraint de ces 10 dernières années, il est devenu difficile de préserver les acquis en matière de postes et de budgets. Il faut convaincre inlassablement de la nécessité de maintenir les postes des bibliothécaires professionnels, les bénévoles ayant un coût bien moindre pour l’hôpital. Cette action n’est malheureusement pas toujours couronnée de succès car démontrer que l’activité des bibliothécaires diplômés est différente de l’offre des bénévoles est complexe. 

Alors que l’importance de l’accès à la culture à l’hôpital est de plus en plus partagée par les médecins et les soignants, par la DRAC* et l’ARS* à travers les conventions Culture/santé signées depuis 1994, défendre une offre de lecture de qualité et accessible au quotidien demande beaucoup d’énergie et d’engagement de la part des bibliothécaires sur le terrain, et de mon équipe et moi-même au sein de la direction.

 

*DRAC : Direction régionale des Affaires culturelles et ARS : Agence régionale de santé

Quels types d’aides sollicitez-vous auprès du CNL ?

Les médiathèques, à travers le Centre Inter-Médiathèques, bénéficient de l’aide du CNL depuis au moins 25 ans en raison du professionnalisme du réseau AP-HP.  Ce soutien est précieux et représente beaucoup pour nous.

Alors que pendant longtemps, l’aide a porté sur des documents adaptés à nos publics, comme les livres en grands caractères et les livres audios, les nouvelles orientations de ces dernières années ont permis d’élargir nos demandes à des projets plus larges, comme l’acquisition de matériels de lecture en lien avec celle de documents, et à des actions de médiation autour des collections acquises et même à des formations proposées aux personnels autour du livre et de la lecture.

C’est ainsi que les projets d’accueil d’un illustrateur dans les médiathèques (livres et médiation) ou celui de collections de textes courts, adaptés au temps de l’hospitalisation et accompagnés d’actions de médiation, ont pu être cofinancés. Ce soutien est important pour élargir l’offre des médiathèques.

Comment voyez-vous le soutien du CNL ?

Plus globalement cette subvention du CNL, et plus largement le soutien du ministère de la Culture, est une reconnaissance de la qualité du travail développé au quotidien au bénéfice de la communauté hospitalière AP-HP. J’ai par ailleurs eu le privilège de participer aux commissions d’attribution des aides aux bibliothèques. C'est une grande ouverture et un réel plaisir de rencontrer des professionnels de toute la France et de découvrir les pratiques des bibliothèques dans les hôpitaux, prisons…  

L’accompagnement et la disponibilité de l‘équipe du CNL est aussi une grande aide pour nous.

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